Interview – Caroline Nicolas

Interview – Caroline Nicolas

Caroline Nicolas nous parle de la « famille Watch » : Watch Me de Reve Bovenhoekshof (Nabab de Reve x Chin Chin), mère d’Alias Watch (Diamant de Semilly), mère de : Golden Watch (Armitages Boy), Inti Watch (Mylord Carthago) et Never Forget Watch (By Cera d’Ick).

Jean-Maurice Bonneau – « Un livre, c’est quelque chose qui reste. »

Jean-Maurice Bonneau – « Un livre, c’est quelque chose qui reste. »

En lisant le livre de Jean-Maurice Bonneau “On y sera un jour, mon grand”, je me suis replongée dans des années de souvenirs, dans le sport et les cavaliers qui m’ont fait rêver. Il y a quelques semaines, j’ai profité d’Equita’Lyon pour lui poser quelques questions sur son livre.

Ton livre est sorti en mars 2022 et on en entend encore parler tout le temps. C’est une belle réussite !

Oui. Je pense que c’est une réussite dans le sens où il intéresse parce que ce n’est pas une biographie, c’est un récit. C’est un récit d’un peu plus de 30 ans de sports équestres et c’était le moyen d’inscrire dans le marbre des événements réussis ou perdus. Mais c’est vraiment l’histoire de notre sport. Ça intéresse. Quand je discute avec les gens qui l’ont lu et qui viennent me voir, ils disent qu’ils apprécient le fait que je les ai emmenés dans tout ce que personne ne voit, à part nous. Parce que même les journalistes n’ont pas accès à notre intimité. Les doutes, les nuits, les réflexions, les discussions, les coulisses…

Tout au long du récit, tu as été très franc. Tu n’as “protégé” personne.

Non, voilà, je n’ai pas été langue de bois. Je raconte mes angoisses, mes peurs même. Puis comment on y retourne. Ce n’est pas un livre technique, mais je raconte en détail tous les parcours de tous les championnats où on est allé. Ça, je pense que c’est une source d’inspiration. Pour le grand public qui connaît moins notre métier, c’est aussi une histoire humaine. Celle de quelqu’un, fils de paysan, qui part un peu à l’aventure sans plan de carrière et qui arrive à faire ça. Dans l’écriture j’ai essayé d’être moi-même. Jean-Louis Gouraud m’avait dit : “écrivez comme vous racontez les histoires autour d’une table”. Donc, j’ai toujours eu ça en tête en écrivant. Aujourd’hui, on en est à un peu plus de 3000 exemplaires vendus et le livre continue de se vendre parce qu’il est intemporel. De ce point de vue-là, oui, c’est une réussite dans l’édition. Chez Actes Sud, ils sont ravis parce que dans leur collection “arts équestres”, c’est celui qui, actuellement, est le plus vendu. Je pense que celui de Kamel sur Eric Lamaze va battre les records. Et c’est tant mieux parce qu’ils ont accepté d’éditer deux livres dans cette collection-là, qui enfin marche. C’est encourageant. Un livre, c’est quelque chose qui reste. Je suis vraiment content de l’avoir fait.

C’est un exercice inédit pour toi. Ça a été difficile ? Agréable ?

Ça a été agréable. Je disais que c’était mon compagnon. De plus c’était pendant la Covid, où on était bloqué. Quand je m’y suis mis, je me suis fait happer. Comme j’écrivais sur l’ordinateur, j’avais toujours un cahier de notes avec moi, dans l’avion ou dans le train. Je déblayais un peu le chapitre, puis après, je le retapais, j’appelais une ou deux personnes pour le lire. Ça a été dix mois d’écriture et en tout deux ans, avec les corrections que j’ai faites avec Sophie Pertus, qui m’a été recommandée par Jean-Louis Gouraud. Elle n’a pas essayé de réécrire le texte, nous avons fait les corrections avec harmonie. L’ensemble de l’exercice a été pour moi une expérience vraiment intéressante. Puis, il y a la phase d’après, qui est une émotion intense. Quand il est édité et que tu l’as dans les mains. C’est assez émouvant en fait. La photo de couverture, c’était un souhait de Jean-Louis Gouraud. Par contre, le titre, je ne l’avais pas. Et quand j’ai raconté ce passage là avec Jean Rochefort, dans une tribune de Dublin, ça m’a paru une évidence. Il y a pas mal de choses dans ce livre, ma famille, Jean, bien évidemment. Je pense qu’il m’a aidé à écrire ça, parce que de l’avoir côtoyé m’a aidé à élaborer ma manière de m’exprimer en l’écoutant. C’était aussi une façon de rendre hommage à Jean.

On sent qu’il y a toujours beaucoup d’émotions quand tu parles de lui. Même à cet instant, je vois que ça te touche de parler de lui.

Toujours. Chez moi, j’ai pas mal d’objets. J’ai racheté des collections de films. J’ai une boîte dans laquelle j’ai mis toutes les coupures de presse suite à son départ. Il y avait notamment une du journal du dimanche qui disait : “Vous nous manquez déjà Monsieur Rochefort”. Ce n’est pas quelqu’un qu’on oublie. Il n’est plus là physiquement, mais il est là.

Je ne sais pas si les gens de l’extérieur se rendent compte à quel point il a compté pour les gens qui l’ont croisé dans notre milieu. Même seulement quelques instants, en échangeant quelques phrases.

C’était un cadeau. Il a été un promoteur incroyable pour notre sport. Tout le monde, encore aujourd’hui, me parle des JO d’Athènes où il a été commentateur pour France télévision. On n’a jamais fait autant d’audience. C’était Jean, il aimait. Il n’était pas dans la recherche du gain. Il a fait confiance à des jeunes réalisateurs, pour des films qui n’avaient pas forcément de succès commercial. Mais lui, intellectuellement, ça lui plaisait. Il a quand même été celui qui a mis le pied à l’étrier de Guillaume (Canet) dans le milieu du cinéma. Le premier film qu’a tourné Guillaume, c’était avec Jean, c’était Barracuda. Jean, sa générosité, sa passion, ce n’était pas une façade. C’était quelqu’un d’extrêmement sincère et donc, du coup, ce livre, avec cette couverture, elle veut dire beaucoup.

Quand tu t’es replongé dans tous ces souvenirs, comme tu le dis, les réussites comme les échecs, comment as-tu vécu ça ? Ce n’est pas facile d’un coup de se replonger dans tous ces moments…

Quand j’écrivais, mon bureau, c’était un capharnaüm parce que je ressortais toutes mes notes et les vieux magazines pour retrouver les noms de tous les chevaux. J’avais aussi toutes les listes de départs de tous les championnats. Je me plongeais dedans et quelquefois, quand j’étais tout seul, d’un coup je réalisais qu’il était déjà 3h du matin et qu’il fallait que j’aille me coucher. Il m’est arrivé de pleurer devant mon ordinateur en écrivant certains passages. Il m’est arrivé de rire tout seul sur certains passages. Tout ça, c’est un mélange. Ça a remué des souvenirs enfouis et ce n’était pas toujours confortable. Mais je pense que c’était important, d’avoir tout sorti et tout assumé. Tous les passages qui sont très personnels sur les cavaliers que je mentionne : Gilles, Eric Navet bien sûr, Kevin, Eugénie A, etc, après avoir écrit le passage, je leur en faisais lecture. Je me souviens, quand je parle d’Athènes et de cette fameuse détente avec Dollar. J’appelle Eric, il est aux États-Unis, il est sur la côte ouest. Il doit être 21 h pour moi, on a fini à trois heures du matin. Quand je lui fais lecture du passage en question, au bout d’un moment, j’ai l’impression que la ligne est coupée. Il y a un silence incroyable. Je demande “ Éric, tu es toujours là ? ” Grand silence… Et là, je ne me sens pas bien. Je me dis : “Qu’est-ce que je fais ? ” Il reprend la parole et il me dit : “Momo, non, je suis là. Là, tu viens de soulever un couvercle que j’avais bien pris soin de fermer.” Là, je ne me sens vraiment pas bien. Le connaissant et sachant ce qu’on a vécu, ce qu’il a vécu, “le fameux acteur principal dans un film d’horreur”, comme il l’avait dit à la presse. Je lui propose d’enlever le passage et il me répond “Surtout pas”.

Ça se sent quand on le lit.

Le même Éric m’a remercié d’avoir écrit pour que notre histoire de Jerez reste dans le marbre. C’est une histoire d’hommes. Une histoire humaine. Ce livre, c’est un livre de sincérité, qui peut s’adresser à plein de gens. Je l’ai dédicacé à mes enfants, pour leur expliquer où j’étais et ce que je faisais quand j’étais absent. Ils ne le savaient pas forcément, surtout dans les moments difficiles, parce que je n’en parlais pas chez moi. Clara m’a dit qu’elle avait essayé de superposer où elle en était à l’époque où je vivais telle ou telle chose. Aujourd’hui, elles – Alix – Clara – Diane peuvent comprendre l’engagement que j’ai mis dans ces missions-là et je pense qu’elles en sont fières.

Dans ton livre, pour les gens comme moi qui ont connu cette époque, on retrouve la beauté de notre sport, celui qui nous faisait rêver.

Oui, j’espère. Nostalgique d’une époque qui a changé. C’était une époque d’ouverture, mais le système et le circuit ont changé. Ce que fait Julien Épaillard est très impressionnant. Mais il ne faut pas oublier qu’il a fait les juniors et les épreuves jeunes cavaliers avec des chevaux des Haras Nationaux. C’était un système gagnant – gagnant. Les jeunes cavaliers avaient des bons chevaux à monter et les Haras Nationaux des cavaliers pour valoriser leurs chevaux. À cette époque, les HN étaient les propriétaires des principaux chevaux (First de Launay, Flipper d’Elle…). Aujourd’hui la donne est différente, c’est comme ça.

À l’époque, tu as tout ouvert. Aux cavaliers, mais aussi aux passionnés. Tu as rendu le haut niveau plus humain et plus accessible.

Je n’ai jamais oublié le gosse que j’étais. J’allais au concours de La Beaujoire. À l’époque, c’était le concours équivalent de Lyon dans mon coin. Je voyais toutes les stars, j’avais quinze ou seize ans et je me disais que je ne pourrais jamais aborder ces gens-là. Quand je me suis retrouvé à travailler avec eux, à les côtoyer, à entraîner le fils de Marcel Rozier, à entraîner l’équipe du Brésil de Nelson Pessoa, c’était un truc de dingue ! Je ne pouvais pas le garder pour moi, il fallait que je le partage.

Tu avais aussi ouvert à d’autres “méthodes”.

Ma méthode reposait sur le physique, la technique et le mental. Je m’étais ouvert à d’autres sportifs comme Fabien Galtier, que j’avais fait venir et qui est aujourd’hui entraîneur de l’équipe de rugby. Il y a 20 ans, je parlais de préparation physique et préparation mentale. Ils m’ont regardé avec des yeux ronds quand je leur disais de venir avec un survêtement. Aujourd’hui les meilleurs cavaliers vont pour la plupart à la salle de fitness de leur hôtel après avoir monté leurs chevaux.

C’est génial. Je trouve que tout ça, ça nous rappelle pourquoi on aime ce sport.

Tant mieux, parce que, encore une fois, je n’ai pas fait d’exercice de style. Les gens qui me connaissent me retrouvent. Le livre reste quand même quelque chose d’assez incroyable, quand on regarde bien. Cette transmission est intemporelle.

Tu as fait beaucoup de choses. Tu es toujours aussi passionné par ce que tu fais ?

Oui, je suis toujours autant passionné. Je suis très impliqué avec la Young Riders Académie. Je travaille avec des cavaliers qui partagent ma vision du sport. J’aime être un passeur et je suis heureux de voir continuer à évoluer les cavaliers de l’équipe brésilienne qui viennent du système qu’on avait mis en place en 2011.

Le sport d’aujourd’hui te fait encore rêver ?

Pas toujours. Mais je suis admiratif de l’équitation pratiquée aujourd’hui par des cavaliers comme Julien Epaillard, Kévin Staut, les suédois… Tous ces grands champions ont une équitation formidable. C’est plus dans le fonctionnement du sport que je ne me retrouve pas. L’accès au très haut niveau n’est pas aisé quand on n’est pas dans les 30 meilleurs mondiaux et il ne faudrait pas que l’unique ticket d’entrée au haut niveau soit les tables.

On ne peut pas dire que c’est une question d’argent, vu les moyens qu’il y a aujourd’hui sur les gros concours.

Effectivement, il y a beaucoup plus de dotations qu’avant, mais en même temps la pratique du haut niveau coûte également très cher. Il y a donc une réalité économique, mais préservons l’âme et la philosophie de notre sport. L’accès sur certains circuits comme le Global Champions Tour est difficile si on ne trouve pas de financement pour y rentrer. Le seul circuit où le sélectionneur peut encore choisir qui envoyer, c’est les Coupes des Nations. Le circuit de CSIO3* est une très bonne chose. Mais le circuit super ligue regroupe beaucoup moins de concours (5) qu’avant. De l’autre côté on a un circuit avec un sponsor concurrent qui est sur les plus beaux concours (La Baule, Aix, Calgary, Rome, etc). Pour moi, les Coupes des Nations doivent rester à 4 cavaliers, mais dans le nouveau circuit 5*, en 2ème manche, ils partent seulement à 3. Ils ont même envisagé les Coupes des Nations en une seule manche. Déjà les JO à trois… Au début, je trouvais qu’il y avait des avantages sur le côté drame, mais finalement, après avoir vu Tokyo, je me dis : Non, on ne peut pas imposer ça. Ce n’est tellement pas logique d’aller dans cette direction là. Ma voix ne pèse pas lourd. Même Steve Guerdat qui a mouillé la chemise, même Kevin… On s’aperçoit que ça ne change pas grand-chose. Ça, ça m’inquiète énormément. Maintenant, je n’ai pas la solution puisque, visiblement, les décisions sont prises dans une autre direction.

Interview -Skye Higgin

Interview -Skye Higgin

Skye Higgin et Djordania du Tillard, en route vers les 5*. Depuis plusieurs années, je croise régulièrement sur les concours Skye Higgin et sa très démonstrative Djordania du Tillard (Air Jordan x Diamant de Semilly). Des épreuves jeunes chevaux aux CSI5*, ce couple ne cesse d’impressionner. J’ai donc eu envie d’en savoir plus sur l’histoire de Djordania, sur leur évolution et leurs objectifs.

C’est vraiment une belle histoire avec Djordania, parce que c’est toi qui a tout fait depuis le début, c’est bien ça ?

Oui. Je m’occupe d’elle depuis qu’elle a trois ans. J’ai fait son débourrage avec une autre personne de l’élevage. J’ai aussi monté sa mère, Typie*Tillard. C’est une jument que ma propriétaire, Mme Lejeune a acheté aux ventes Fences. Je pense que c’était le Top price. Christophe Grangier l’a monté à 5 et 6 ans. Elle était formidable. Ensuite elle est partie chez Angelica Augustsson qui l’a monté de 2014 à 2018, puis Marlon Zanotelli l’a monté quelques concours parce qu’Angelica était enceinte. Comme j’arrivais comme cavalière à l’élevage du Tillard à ce moment-là, la propriétaire a décidé de la récupérer ici pour que je finisse sa carrière et qu’on fasse des transferts d’embryons en même temps. On a fait des épreuves jusqu’à 1,50m ensemble. Ensuite, comme c’était compliqué de faire du sport et de l’élevage en même temps avec, qu’on avait du mal a avoir des embryons, on a décidé d’arrêter sa carrière sportive pour qu’elle ne fasse que de l’élevage. C’était tôt pour arrêter le sport, mais les produits qu’on a d’elle sont formidables. Donc c’était un bon choix. La qualité de ses produits, c’est fou.

Tu retrouves les qualités de la mère chez ses produits ?

Oui, ils sont tous très bons. Il y a Dream de Baussy (Nabab de Rêve) qui est né la même année que Djordania. Il a fait les 1,45m avec Jérôme Navet. Celui-là n’a rien à voir avec nous, l’embryon était à Thierry Navet qui était à moitié propriétaire de Typie avant de la vendre à Mme Lejeune. Il avait 2 embryons, le deuxième c’est Galliana (Cicero) qui a fait le championnat des 7 ans cette année avec Jérôme Navet et qui saute très bien. Il y a aussi Cobalt du Tillard (Nabab) avec qui j’ai sauté les 1,45m. Il a été 3ème de la finale des 7 ans au CSIYH de Vilamoura en 2019. On l’a vendu juste après ça.

Typie a beaucoup de moyens, un cœur énorme et toujours envie de bien faire. Djordania, est hyper intelligente et comprend tout. Comme sa mère, elle a beaucoup de coeur et donne tout pour faire le mieux possible. Elle a de gros moyens et du respect. Elle est toute petite, elle fait peut-être 1,62m. Elle est peut-être même plus petite… Mais elle a une grande foulée, comme sa mère. On a un lien fort toutes les deux. Elle est proche de moi et de ses grooms. C’est une jument très attachante. Avec elle tout est facile. En piste, comme à pied. On peut la tondre sans l’attacher, la monter sans selle. Je pense que c’est son caractère, mais aussi parce qu’on s’en occupe depuis le début et qu’elle complètement confiance en nous.

Dès le début, tu as su que ça serait une très bonne jument ?

Oui. J’ai une photo d’elle dans la finale des 5 ans à Fontainebleau, où elle a sauté tellement haut à l’entrée du triple, qu’elle s’est retrouvée en une foulée et demie au lieu de deux foulées dedans tellement elle avait pris de trajectoire. Elle a un équilibre un peu descendant. Ça n’a pas été facile pour elle de trouver son équilibre. Mais elle avait tellement de moyens, de respect et d’envie de bien faire, qu’il était évident que c’était un bon cheval. Par contre, j’ai vraiment pris mon temps, je n’ai pas fait beaucoup de parcours chaque année. Elle avait besoin de temps pour finir de grandir. Elle est née en août, donc tous les ans, elle est jeune pour son âge. À 5 ans, j’ai fait presque toute sa saison tandis qu’elle n’avait en réalité que 4 ans.

Aujourd’hui, à 10 ans, elle est vraiment très compétitive sur 1,50m et est même classée sur 1,55m.

Oui, sur 1,50m, elle est vraiment très compétitive. L’année dernière, ici (à Vejer de la Frontera) on est 3ème de la Coupe des Nations du CSIO3* où elle a très bien sauté en faisant sans faute et 4 pts. Cette année, elle est 9ème d’une 1,50m à Opglabbeek, puis 6ème d’une 1,45m et 6ème d’une 1,50m au CSIO5* de Rotterdam ! Avec l’ambiance de Rotterdam, elle a volé ! Elle sait quand c’est important. Elle aime qu’il y ait du public, l’ambiance des gros concours. Elle est aussi 4ème du GP 1,55m du CSIO4* de Warsaw Sluzewiec et 2ème du GP 1,50m du CSI3* de Vejer le week-end dernier.

Tu sens qu’elle va bientôt passer le cap des très gros Grand Prix ?

Oui. C’est à 100 % une jument pour faire les GP 5*. En plus des moyens et du respect, elle a le mental pour faire ça. Avec elle, je n’ai jamais senti un oxer large, et pourtant je la monte avec très peu de jambes. Ok, elle est petite, mais quand elle entre en piste, c’est un lion. Elle aime faire du concours. Quand elle voit le camion, elle hennit. Si je pars sans elle, elle est vexée et tourne dans le box pendant 15 min. Le mental, à haut niveau, ça fait la différence. En plus, si elle fait une erreur, a mal jugé quelque chose, ça n’arrive qu’une fois. La fois d’après, c’est fini. Elle comprend très vite.

Quels sont les objectifs avec elle ?

Bien sûr, on pense aux Jeux Olympiques l’année prochaine, mais c’est encore loin et on a pas encore les résultats qu’il faut. En début d’année prochaine, on va déjà aller à Abu Dhabi pour faire la première Coupe des Nations 5* et après on continuera à faire ce qu’on peut faire de mieux. Si on prend de l’expérience en début d’année sur les 5*, je pense qu’avec les qualités qu’elle a, c’est possible. Di Lampard, la chef d’équipe de notre équipe d’angleterre aime beaucoup la jument. Mais c’est loin. On va déjà faire les 5* régulièrement l’année prochaine et on verra.

Pour l’instant, elle appartient toujours à sa naisseuse, qui je suppose veut la garder pour l’élevage. Donc pour l’instant, pas d’inquiétude qu’elle soit vendue bientôt.

Oui. Bien sûr, on a des propositions, mais non, elle n’est pas à vendre. On a vendu son frère utérin Cobalt à 7 ans et d’autres chevaux, pour garder Djordania. Aujourd’hui, il nous reste 6 ou 7 chevaux au travail et quelques chevaux dans les prés. Pour l’instant, on a pas encore fait d’embryon avec Djordania pour ne pas l’embêter et se concentrer sur le sport, mais c’est au programme pour après. Pour l’instant, on profite des résultats du travail des 6 dernières années.

Là, on sent que c’est le moment où les choses peuvent vite évoluer. Tout va bien, tout est en place.

Oui. Elle commence juste à trouver vraiment son équilibre avec son corps. J’ai beaucoup pris mon temps avec elle pour ça, mais depuis quelques mois, je peux commencer à plus jouer les barrages, à tourner plus court. Elle est dans une condition physique et mentale parfaite.

Tu as prévu de faire quelques indoors cet hiver ?

Je voulais faire Lyon, mais je n’ai pas été prise. C’est le problème quand tu n’as qu’un cheval de ce niveau et donc que tu es loin au classement mondial. Quand je suis sur ces concours, mon parcours de la première épreuve ranking, je le monte pour elle, pour bien préparer mon Grand Prix, et pas en allant vite pour gagner des points au classement mondial. Je préfère penser à mon cheval, plutôt qu’à mon classement. Notre chef d’équipe est d’accord avec moi, c’est mieux pour la jument. Mais ensuite, c’est difficile d’avoir accès aux beaux concours en étant loin au classement. En indoor, j’aimerais faire Madrid et La Corogne, mais je ne sais pas encore si je serai sélectionnée. Sinon, je ferai peut-être le 4* de Rouen, c’est toujours un bon concours.

Pour finir, peut-on parler un peu de ta collaboration avec Mme Lejeune de l’élevage du Tillard ?

Oui, bien sûr ! Ça fait 8 ans que je travaille avec elle. J’ai de la chance, c’est une vraie passionnée et elle a confiance en moi. Elle ne me met aucune pression. On travaille très bien ensemble. C’est une formidable éleveuse. Elle choisit toujours très bien ses croisements. C’est assez incroyable quand même, son premier poulain, c’est Viking du Tillard, qui a fait les Jeux Olympique avec Hervé Godignon. Elle a un très bon œil pour les chevaux. Tout le monde pense que c’est un très grand élevage, mais pas du tout. Il y a deux poulains, maximum, par an. Quand on voit le nombre de chevaux qui tournent sur les gros concours, c’est que ses choix et le système de formation marche très bien.

Quand quelqu’un choisit bien les étalons, élève bien les poulains et fait confiance à un bon cavalier pour la formation et la compétition, il y a tout ce qu’il faut pour réussir à aller faire du grand sport.

C’est ça. Beaucoup de chevaux ont fait du haut niveau grâce à elle. On peut aussi citer Cabdula du Tillard ou encore Mic Mac du Tillard, dont on a des produits qui arrivent.

Pour finir, dans les jeunes chevaux en formation, est-ce que tu en as un particulièrement prometteur ?

La sœur utérine de Djordania, Hippie du Tillard, par Vigo d’Arsouilles. Elle fait son premier international ici dans les 6 ans. Elle ressemble beaucoup à sa mère. J’ai beaucoup pris mon temps avec elle, je n’ai fait que les formations 3 cette année. Elle était un peu tardive, mais elle a beaucoup de qualité et a fait de bons résultats ici. On croit beaucoup en elle pour l’avenir.

Les étalons “des Fontaines”

Les étalons “des Fontaines”

Dans cette période où les ventes d’embryons de souches exceptionnelles et d’étalons du Top 10 mondial deviennent courantes, j’ai eu envie de mettre en avant des étalons dont on parle moins, mais qui peuvent certainement être très intéressants pour beaucoup d’éleveurs dont l’objectif n°1 est de produire des bons chevaux de concours avec un bon mental, même s’ils ne deviennent pas champions du monde (quoique… Amande est bien championne olympique… )

 

Depuis plusieurs années, Julie Notteau gère les carrières d’étalons de Jumpy, Jus et Oscar des Fontaines, trois grands gagnants internationaux nés chez Aart Alberts. Ils sont aujourd’hui à des conditions financières très intéressantes et avec une garantie poulain vivant.

 

Jumpy des Fontaines est un fils de l’olympique Jus de Pomme (médaille d’or en individuel et par équipe aux JO d’Atlanta 1996) et de Bambola (par Ramiro Z). Dans cette famille on trouve Texas de Trebompe (1,60m), Huntelaar (1,55m), Midnight Blue ASK (1,55m) Google des Cabanes (1,45m) et Ista (1,45m).

Jumpy a remporté le GP du CSI3* de Port Mort, s’est régulièrement classé dans de gros CSI sur 1,50m, a été 2ème du GP 1,60m du CSI4* de Madrid et a participé aux Jeux Olympiques pour la Chine sous la selle de Zhenqiang Li. Il a produit 3 chevaux qui ont fait 1,60m : Starlette de la Roque, Who Cares et Jument Dufee. On peut également citer Josephina Z (1,50m), Jumpy 111 (Z), Unicum’s Jump (1,50m) et Vanille de Launay (1,50m). Sur 226 produits inscrits en France, 5 sont indicés au-dessus de 1,40m et 35 au-dessus de 120.

Jus des Fontaines est lui aussi un fils de l’étalon Jus de Pomme. Sa mère, Egine de Baugy, est une fille de Galoubet A. Elle a également produit Impala des Fontaines (1,45m) et Kriek des Fontaines, qui a produit Nine des Fontaines (1,45m) et Rieh des Fontaines, qui a produit Eldorado (1,45m). Sa 3ème mère Bérénice a aussi produit les étalons Veneur de Baugy HN et Sheyenne de Baugy ISO 148. Sa 4ème mère, Ondine de Baugy, a produit Drika, la mère de l’étalon Quidam du Revel (1,60m). Dans cette famille, on trouve également Conthargos Rouge (1,60m), Jalis de Riverland (1,60m), Vallon Rouge (1,60m), Isidoor van de Helle (1,60m), Elqui Chili (1,60m), Néo d’Aunou (1,55m), Mercredi de Mars (1,50m), Robin Kannan (1,50m), Can Tho d’Aunou (1,50m), Kid de Baugy (1,50m), Siloe d’Adriers (1,50m), Urfee d’Illiat (1,50m), Available Ohio (1,50m), Hermès des Cabanes (1,50m).

 

Il se fait remarquer sur le circuit international dès ses 8 ans, notamment à Lanaken, Valkcnswaard, puis à Lyon où il termine 3ème du Grand Prix CSI5*. À 9 ans, il se classe notamment 5ème du GP d’Aselage, il est classé dans les GP CSI5* de Cannes et de Monaco, dans le CSI*** de St Tropez, au CSI*** de Birmingham : ISO 156. Victime d’une crise de coliques en 2007, il décède prématurément.

Parmi les meilleurs descendants de Jus, on peut citer : Poker des Cohues (1,60m), Ukraine d’Elle (1,50m – ISO 146), Prélude de Laume (ISO 148) et Pixel de la Baie (ISO 141). Sur 93 produits inscrits en France, il a 24 chevaux indicés plus de 120.

Oscar des Fontaines est un fils de Lando et de Lara des Fontaines (Mr Blue). Sa mère a également produit Haloubet (1,60m) et Parala des Fontaines (ISO 141). Sa 2ème mère Fidjie du Bigot a produit Jans des Fontaines, qui est la mère de Quicky des Fontaines (1,60m) et de D’jacpot des Cabanes (1,50m).

 

Oscar a été finaliste du Championnat de France des 4, 5, 6 et 7 ans avec Jeroen Zwartjes. Sous la selle de Pénélope Leprévost, il est vainqueur du GP Sires of The World de Lanaken, 2ème du GP CSI*** de Canteleu, 4ème d’une 1,50m au CSI*** de Canteleu, 6ème d’une 1,50m au CSIO de Saint-Gall, 7ème du GP CSI** de Fontainebleau, 7ème du Grand Prix Pro Elite Grand National du Mans… Il faut souligner sa longévité. Il a tourné en compétition jusqu’en 2022 (à 20 ans) sous la selle de Sara Vingralkova.

Pour ce qui est de sa production, on pense forcément en premier à Amande de B’Néville, championne olympique de concours complet à Tokyo. Mais il n’y a pas qu’elle. On peut aussi citer Energie Kokka (1,50m), Always de Combrailles (1,50m), Bob d’Olbiche (1,45m), Arkana de Queen (1,45m), Ascar de Fontaine (1,40m), Futur du Pomiez (1,40m), Candy Baerenrain et Camelia d’Orval (1,40m). Sur 159 produits inscrits en France, il a 4 chevaux indicés au-dessus de 140 et 17 au-dessus de 120.

Julie Notteau a répondu à nos questions.

Vous gérez la carrière de reproduction de 3 grands gagnants internationaux, nés chez Aart Alberts, Jumpy des Fontaines, Jus des Fontaines et Oscar des Fontaines. Comment a commencé cette collaboration ?

 

Lorsqu’on a acheté la structure d’Art Alberts il y a quelques années, on a eu l’opportunité de récupérer en plus la semence congelée de ces trois étalons.

L’élevage, c’est quelque chose qui vous a toujours intéressé ou c’est plus l’opportunité qui vous a fait vous lancer dans ce projet de vendre des saillies ?

On faisait déjà un peu d’élevage avec quelques poulinières, mais c’est parce que l’opportunité s’est présentée qu’on s’est lancé.

Ses trois étalons ont eu une belle carrière et sont aujourd’hui accessibles à un prix de saillie très attractifs. Est-ce qu’ils travaillent un peu quand même, ou se retrouvent un peu noyés au milieu de tous les étalons proposés avec en plus une grosse visibilité ?

 

Pour Jus et Jumpy, c’est difficile. Ce sont des étalons dont on entend peu parler. Pour Oscar, on a la chance que chaque année, il y a des produits qui sortent. Du coup, cela relance à chaque fois l’intérêt des éleveurs pour lui. Amande de B’neville (par Oscar) qui a été Championne olympique de concours complet nous a permis d’attirer aussi les éleveurs de complet, qui s’intéressent aussi à lui maintenant.

 

Oscar a l’air de pas mal marquer sa production.

 

Oui, tout à fait. Il fait des chevaux très sport, chics, souvent bais avec beaucoup de blanc, avec une bonne locomotion et une bonne qualité de saut. Ce sont des chevaux souvent très commerciaux. Il faut aussi souligner qu’il a eu une longue carrière et semble transmettre sa bonne santé. C’est un point important aussi.

Pour quelqu’un qui cherche un étalon intéressant et améliorateur, même s’il n’est pas à la mode, cela peut valoir la peine de regarder Oscar, Jumpy et Jus.

Le problème, c’est que pour relancer la commercialisation des saillies de Jus et Jumpy, il faut qu’on voit des produits tourner, et pour ça, il faut que des éleveurs les utilisent. Aujourd’hui, les gens ont tendance à utiliser des étalons donc ils vont pouvoir vendre les produits rapidement. Un Jus ou un Jumpy, on ne va pas forcément bien le vendre sous la mère. Il faudra prendre le temps de le valoriser. Jus et Jumpy amènent des moyens, beaucoup de force. Malheureusement, aujourd’hui les gens raisonnent beaucoup sur le court terme. Les trois étalons produisent des chevaux classiques à monter et facile à débuter en compétition.

 

Ils sont tous les trois disponibles en IAC. Quelle est la qualité de la semence ?

Ils ont tous les trois une bonne qualité de semence. Je suis prête à faire des conditions très intéressantes pour les éleveurs parce que l’objectif c’est que les juments soient pleines.