Au-delà des Pistes : rencontre avec une association pas comme les autres

Au-delà des Pistes : rencontre avec une association pas comme les autres

Lors du Jumping International de Bordeaux 2026, une démonstration de dressage et de saut avec deux chevaux réformés des courses a attiré l’attention du public. L’occasion parfaite pour partir à la rencontre de l’association Au-delà des Pistes, engagée depuis plusieurs années dans la reconversion des chevaux de course après leur carrière sur les pistes. Nous avons ainsi pu échanger avec Carole Desmetz et Clotilde de Barmon afin de mieux comprendre les missions et les valeurs portées par l’association.

Comment est née l’association Au-delà des Pistes ?

L’association a été fondée en 2016 à l’initiative de Lisa-Jane Graffard, qui était Racing Manager de Godolphin, et Nemone Routh, Racing Manager des Aga Khan Studs. Ces deux grandes maisons, Godolphin, fondée par Sheikh Mohamed Al Maktoum, et les Aga Khan Studs,sont des eleveurs et propriétaires très impliquées dans les courses en France et à l’étranger.

Lisa Jane et Nemone ont suivi le modèle anglais ROR, Retraining of Racehorses, qui existe depuis plus de 20 ans outre-Manche. Pour elles, structurer la reconversion du cheval de course était une évidence culturelle, mais cette culture n’existait pas encore en France de manière organisée. Depuis 3 ans l’équivalent irlandais (TRoEile) a également été créé.

L’idée d’Au-delà des pistes était simple au départ : promouvoir la race du pur-sang, et sa polyvalence après sa carrière, montrer ce que devenaient les anciens champions, organiser des journées de reconversion sur les champs de course… Au départ France Galop n’était pas impliqué, et c’est grâce à Olivier DELLOYE qui était à l’époque Directeur Général de France Galop qu’une convention a été effectué en 2019 pour que France Galop soutienne Au Dela des Pistes sur deux points essentiels qui sont :  la partie administrative (mise à jour des papier et restriction d’exploitation c’est-à-dire l’interdiction de recourir en France et dans les pays qui ont signé la convention internationale) et la prise en charge des chevaux blessés. Au Dela des Piste n’a pas inventé la reconversion mais est l’association cadre et référente de France Galop, reconnue d’intérêt général, là pour aider et encadrer la reconversion.

Quelles sont vos missions aujourd’hui ?

Nous travaillons sur trois axes principaux. D’abord, la promotion de la reconversion et du pur-sang, montrer au grand public et aux professionnels ce que deviennent les chevaux après leur carrière, casser les idées reçues, valoriser la polyvalence du pur-sang dans d’autres disciplines.

Ensuite, la prise en charge administrative des chevaux réformés. C’est une partie très technique mais essentielle : changement de propriété, restriction d’exploitation pour empêcher tout retour en course dans une quinzaine de pays signataires de la convention internationale. Ce processus protège à la fois le cheval et les professionnels des courses, qui ne sont plus le dernier propriétaire en cas de litige.

Et enfin, le soutien financier aux chevaux blessés. Quand un cheval se blesse et ne peut plus courir, nous participons financièrement à sa prise en charge. C’est un volet qui a émergé assez naturellement : l’association avait des fonds levés et il était évident de les redistribuer aux chevaux qui en avaient besoin. France Galop nous a rejoints sur ce point en 2019, ce qui a marqué une étape importante dans notre développement.

Vous achetez et revendez des chevaux ?

Non, jamais. C’est important de le préciser car c’est ce qui nous distingue de beaucoup d’autres acteurs du marché. Au-delà des Pistes n’est pas un commerce. On ne fait pas de marge, on ne spécule pas sur les chevaux.

Notre rôle est celui d’un coordinateur et d’un garant. On met en relation les entraîneurs avec nos écuries de reconversion référencées et sérieuses. Les chevaux transitent administrativement par notre nom, le temps que les papiers soient faits, mais ils appartiennent toujours aux écuries partenaires. On ne prend aucune commission et on n’interfère jamais dans les ventes. Un contrat type, rédigé par une avocate, encadre chaque transaction pour protéger toutes les parties, et surtout le cheval au maximum.

Ce positionnement est fondamental pour nous. Il nous permet d’être perçus comme un appui neutre et de confiance, autant par le monde des courses que par le monde amateur.

Pourquoi insistez-vous autant sur la nécessité d’une reconversion professionnelle ?

Parce que la méconnaissance entre les deux mondes est encore très grande, et que c’est souvent le cheval qui en fait les frais.

Un cheval de course a grandi dans un environnement ultra-encadré. Il est suivi toutes les semaines par un vétérinaire, ferré toutes les quatre semaines, couvert, complémenté, massé. Il vit dans une écurie cinq étoiles, avec des codes très précis. Il sort toujours en lot de plusieurs chevaux, jamais seul. Il n’a jamais mis les pieds dans une carrière ou un manège. Ce sont ses repères depuis sa naissance.

Quand il arrive dans le monde amateur sans période de transition, les codes changent du tout au tout. L’amateur utilise naturellement ce qu’il a appris en poney club et le cheval ne comprend pas. Résultat : un cheval explosif, des ulcères, des incompréhensions de part et d’autre. Et souvent, le monde amateur en conclut que « les chevaux de course sont impossibles », ce qui est faux.

On a une image qui résume bien la situation : c’est comme si vous viviez dans un palace pendant les cinq premières années de votre vie, et qu’on vous déposait du jour au lendemain dans un camping. Il faut du temps pour s’adapter. C’est humain et c’est pareil pour les chevaux.

Vous n’êtes donc pas une association militante ?

Absolument pas, et c’est un point sur lequel on est très claires. On n’est pas des anti-courses. On ne gère pas une cause. On ne sauve pas les chevaux d’un quelconque enfer. Ce discours-là, on s’en tient très loin.

Les courses sont un milieu ultra-professionnel, où les chevaux sont soignés, choyés, accompagnés 365 jours par an. Les mauvais élèves existent, comme partout, mais ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble. Quand on nous présente un cheval « sauvé dans un état catastrophique » à la sortie des courses, on explique souvent que ce cheval est simplement affûté pour courir, c’est sa condition normale, pas un signe de maltraitance.

Notre rôle est d’être un trait d’union, un maillon pédagogique entre deux univers qui ont tout à gagner à mieux se comprendre. On danse en permanence entre les deux mondes, on prend la parole dans les deux sens, et on essaye que le cheval reste au centre de tout.

Comment se passe concrètement votre travail au quotidien ?

On intervient sur plusieurs fronts en même temps. D’un côté, on est en contact permanent avec les entraîneurs et propriétaires qui ont des chevaux à réformer. On les oriente vers les écuries partenaires les mieux adaptées en fonction du profil du cheval. De l’autre, on développe notre réseau d’écuries de reconversion référencées, des professionnels sérieux, qui connaissent les spécificités du pur-sang et savent gérer cette période de transition.

En parallèle, on intervient de plus en plus dans les institutions : associations d’éleveurs, d’entraîneurs, écoles de formation comme l’AFASEC (écoles des courses hippiques). On va directement à la rencontre des jockeys, des lads, de tous les métiers qui gravitent autour du cheval de course, pour leur expliquer l’importance de cette transition et leur montrer qu’ils ont une part de responsabilité, non pas pour accompagner le cheval jusqu’à la fin de sa vie, mais pour bien amorcer sa reconversion.

Où en est l’association aujourd’hui, dix ans après sa création ?

On reste une petite structure à taille humaine, deux permanentes et quelques prestataires sur des missions ponctuelles. Mais ce qu’on a accompli en dix ans est vraiment significatif. Notre notoriété a progressé considérablement, autant dans le monde des courses que dans celui des sports équestres. On nous connaît, on nous respecte, on nous sollicite. Même si on essuis encore quelques critiques.

Au début, on s’excusait presque d’être là. On était discrètes, on faisait profil bas. Aujourd’hui, on prend la parole de manière claire et transparente, sur les salons, sur les champs de course, dans les médias. On a vraiment notre place dans la filière et on en est fières.

La présidence d’Aliette Forien, propriétaire notamment d’Utterchaos, le cheval d’Astier Nicolas, qui a porté l’association depuis ses débuts, va prochainement laisser place à un nouveau chapitre. Un tournant qui marque à sa façon la maturité d’une association qui a su trouver sa voix, et surtout, sa place.

Au-delà des pistes rappelle finalement qu’un cheval de course réformé ne cesse pas d’avoir un avenir une fois sa carrière terminée : avec le bon accompagnement, il peut révéler de grandes qualités et s’épanouir dans de nombreuses autres disciplines.

Interview – Stéphane Landois

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Retour sur un beau week-end de sport au Mondial du Lion pour Stéphane Landois !

HAZELBERG’S NEW DELHI déroule un cross précis et plein d’aisance, confirmant sa belle forme du moment, et INVICTUS FOR FLY prouve encore sa générosité sur un parcours technique et engagé.
De belles promesses pour la suite de la saison !
Rencontre avec Paul Barussaud

Rencontre avec Paul Barussaud

Cavaletti Mag a rencontré Paul Barussaud, cavalier de 13 ans basé à Bordeaux. Il concourt cette année pour la troisième fois à la super As de Bordeaux. Lors de sa première édition, il s’était emparé de la 2nde place le premier jour et avait remporté l’épreuve du deuxième jour. Après ce qu’il qualifie de « contreperformance » l’année dernière (5ème puis 7ème), il est bien déterminé à prendre sa revanche cette année.

Paul Barussaud : J’ai gagné aujourd’hui, on verra ce qu’il se passe demain, j’espère faire un bon résultat !

Cavaletti Mag : Peux-tu nous parler de ta jument ?

Elle s’appelle Vahiné de Kergroix, elle a 16 ans, et ca fait 5 ans que je l’ai. On l’a achetée avec mes parents, on a directement fait un essai quand on l’a vue. Elle courrait les épreuves chevaux avant, donc ça a été compliqué pour moi au départ car elle a une foulée cheval, alors c’était compliqué dans les doubles. A l’époque, j’étais encore plus petit et moins lourd, et elle sautait déjà trop bien, c’est vraiment ma plus belle rencontre poney. Je pense que ça sera compliqué de la détrôner : ca fait 4 ans qu’on se connait, elle ne m’a jamais lâché. Je la garderai toujours, impossible de la vendre.

Et tes autres chevaux ?

J’ai une ponette de 7 ans, I am a girl, que ma coach me prête, très bien. Puis mon deuxième poney de Grand Prix, Hatov Cordailla, il a fait les 7 ans l’année dernière, on a commencé les Grand Prix – je l’ai redescendu en As 1 parce qu’on a eu quelques difficultés – mon prochain concours sera à la Super As de Barbaste, il est engagé dans l’As 1 et dans l’As Elite, on verra bien. Bien équipé, moins qu’avant mais toujours bien équipé ! (rires)

Comment arrives-tu à combiner ta vie d’ado de 13 ans avec ta vie de cavalier ?

J’ai la chance de faire l’école à la maison, tous les matins. C’est super bien, même s’il faut être très discipliné, ce que je ne suis pas trop (rires). Mais je le fais quand même, c’est important. J’aimerais bien travailler dans les chevaux évidemment mais si j’avais besoin de faire autre chose un jour, il faut bien des diplômes. Donc l’année prochaine pour mon Brevet, puis pour le lycée, je vais dans un collège où il y a école que le matin aussi, mais c’est un vrai collège. Là je suis seul chez moi, je monte mais chevaux mais c’est important d’avoir une vie sociale à côté du poney que j’ai aussi mais c’est toujours bien d’aller au collège.

Comment tu as commencé à monter à cheval ?

C’est venu il y a 6 ans, quand j’avais 7 ans, mes parents travaillaient dans un centre équestre, pas loin de chez moi. Ils ont monté leur propre centre équestre, et un an plus tard, ils m’ont fait monter à poney alors que je n’en avais pas envie. Je trouvais ça un peu nul (rires), mais ils ont insisté, et au final j’ai accroché direct et j’ai continué. J’ai eu de la chance parce que même si mon papa n’avait pas tous les moyens pour m’acheter de bons chevaux, il m’a toujours trouvé des chevaux pour faire ce que j’avais envie de faire.

J’ai eu plein de poneys pour commencer les épreuves shetlands et poneys, après j’ai eu de plus en plus de bons poneys et il m’a toujours trouvé des poneys pour faire ce
dont j’avais envie.

Ils ont bien fait d’insister un peu, et heureusement que papa et maman sont là parce que sans eux, rien ne serait possible.

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la saison 2025 ?

Une bonne saison ! Je vise les Coupes des Nations en premier, et après chaque objectif en son temps. L’année dernière, j’étais réserviste ; cette année, il y a moins de monde alors j’aimerais bien faire partie des quatre. C’est Olivier Bost qui décidera les quatre qui partiront dans la Coupe des Nations. Pas le temps de relâcher la pression, il faut y aller !

On espère te voir sur le podium demain alors !

Merci beaucoup, moi aussi ! (rires)

Retrouvez les performances de Paul sur son compte Instagram 

Interview – Titouan Schumacher nous parle d’Illusion

Interview – Titouan Schumacher nous parle d’Illusion

Quelques heures avant de remporter le Grand Prix du CSI4* de Rouen, Titouan Schumacher nous a parlé de son fantastique Illusion. 

Depuis quelques semaines, on voit de plus en plus Illusion sur les beaux concours. Quelle est l’histoire de ce cheval ? 

On l’a depuis maintenant deux ans et demi à peu près. C’est une histoire un peu dingue en fait. Avec un copain, on s’était mis en tête d’acheter un petit cheval à deux pour faire du commerce, tout simplement. J’étais parti en tournée au Portugal et lui avait vu ce cheval là plusieurs fois. Il sautait bien mais était un peu compliqué avec un amateur. Il était un peu spécial. Il est allé l’essayer, il a sauté deux obstacles dans la carrière, il m’a appelé et m’a dit “Il est super.”. Je n’ai pas trop réfléchi et je n’avais pas regardé les résultats du cheval.  J’ai dit “Ok, vas-y, on fait moitié moitié”. On l’a vraiment pas acheté cher.  Le cheval est arrivé, je regarde les résultats du cheval et je vois beaucoup d’éliminations. À ce moment-là, je me demande dans quelle histoire on s’est lancé. Il était très très compliqué au début. Mon ami le montait beaucoup à la maison et moi au concours. Au début, ça lui a valu un nez cassé et un trauma crânien. On est tombé tous les deux facilement cinq ou six fois ! Il n’était pas contre le cavalier, mais dès qu’il avait peur de quelque chose, il avait des réactions démesurées. Au début, je ne pouvais pas aller de l’écurie à la carrière à cheval, on le prenait en main, on descendait.

C’est un cheval hypersensible.

Oui. Au début, en concours, on arrivait au paddock en main, on montait au paddock, puis on redescendait, On entrait sur la piste à pieds et on montait dessus sur la piste. Mais par contre, j’ai jamais eu vraiment de problème sur la piste. À force de patience, il s’est déclenché. 

À ce moment-là, vous l’imaginiez devenir le cheval qu’il est aujourd’hui ? 

Il était sympa, mais non. L’idée, c’était de travailler un petit peu et de le revendre après. Au début, on s’est même dit que pour le revendre avant de faire monter quelqu’un dessus, ça allait être compliqué.

À quel moment est-ce que tu as commencé à te dire qu’il pourrait être mieux que ce que vous pensiez ? 

On l’a emmené assez vite à un concours à Nancy. J’ai engagé 1,35m, 1,40m, 1,45m, alors qu’il n’avait sauté que 1,20m avant qu’on l’achète. Il a fait ça sans faute et vraiment bien. Là on s’est dit qu’on avait peut être un bon cheval.

Ça fait quelques concours qu’on le voit vraiment très sauter sur des belles épreuves. Il donne l’impression de la faire avec beaucoup de facilité et on l’imagine facilement faire encore mieux. 

On verra, il passe des caps. Il saute avec plus de moyens et d’envergure qu’il le faisait au début. Il ne s’inquiète pas du tout, ne force pas et devient très régulier. Un concours où il ne fait pas un classement, ça n’existe plus.

Aujourd’hui, il se retrouve cheval de tête.

Oui, complètement. J’avais Atome à l’époque où on l’a acheté. Six mois après, Atome s’est blessé. J’avais une autre jument qui s’appelait Carera entre deux, qui fait un peu la transition.

Quel est l’objectif maintenant ? 

C’est toujours un cheval qui est “à vendre”. Mais ce n’est plus la même chose. Ce n’est pas pressé. Et si on peut le garder, c’est tant mieux. L’idée, c’est quand même de voir comment il évolue.

Quelles sont ses plus grosses qualités ? 

Le respect et le courage. C’est un guerrier. Il va au feu et il a vraiment tout le respect. 

Quel est ton programme avec lui ? 

Le Grand Prix, cet après-midi, puis il a fini sa saison et il va démarrer mi janvier à Oliva en tournée. En fonction de ça, on verra la suite.

 

Pour finir, peux-tu nous donner quelques nouvelles d’Atome ? 

Il va bien, il est au pré avec les un et deux ans. On a mis beaucoup de temps à le mettre au pré. Au début, au bout d’une heure il en avait marre, il fallait le rentrer. Ça a duré un bon moment comme ça. Puis un jour, je me suis dit qu’on allait le changer un peu d’endroit pour qu’il n’est plus les écuries en tête. On le mettait au paddock à côté des écuries et du coup il voulait vraiment rentrer. On l’a un peu éloigné et maintenant, ça va super.